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Publié le 4 septembre 2019

 

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Titre original:  Le Vatican et la Finance

 

Il faut lire et relire les considérations pour un discernement éthique sur la finance, publiées en 2018 par les plus hautes autorités de l’Église. La forme y est admirable, lyrique même dans l’évocation des principes éthiques devant régir l’action humaine. Dans le droit fil d’écrits antérieurs, ces “considérations” fustigent les comportements avides et cupides des hommes et des institutions financières. L’élément récurrent du propos est la condamnation des marchés “déconnectés de l’économie réelle”.

Le ton est donné : le monde financier incontrôlé, nourri de l’avidité d’un petit nombre, prive l’humanité de richesses qui lui reviennent. De manière étrange, l’argumentation est émaillée de références techniques pour le moins inattendues. Çà et là surgissent des termes comme Libor (London Interbank Offered Rate, taux d'intérêt de référence du marché monétaire interbancaire à Londres, NDLR), titrisation, CDS (produit dérivé permettant de s'assurer contre le risque de non-paiement d'une dette émise par un Etat ou une entreprise, NDLR), ou swaps (produits dérivés permettant à deux contreparties de s'échanger une série de flux futurs, NDLR). Leur présence inopinée interroge. Ce sont, nous dit-on, des exemples concrets d’objets financiers dont l’usage incontrôlé est responsable des dernières crises.

Dans la solennité du propos éthique, ces mots de la finance claquent étrangement. Il est probable qu’en l’état, les “considérations” seront plutôt de nature à inquiéter les croyants. Le marché est en effet réputé coupable, et conclure en exhortant les pouvoirs politiques à sa régulation est un aveu implicite d’impuissance. Le salut, qui ne peut pas venir d’un appel à la morale du bon et du bien, serait dans la création d’une autorité supranationale… Une telle conclusion sied mal au contexte du discours éthique. Et surtout, son irréalisme est source de malaise.

Plutôt qu’une vaine condamnation, le dicastère aurait pu développer une leçon philosophique et morale d’une toute autre envergure. Le marché - ou disons le plus connu : la Bourse - est en effet le lieu de rencontre de deux éléments antinomiques, le vice et la vertu. Le vice, c’est l’avidité des spéculateurs. La vertu, quant à elle, découle d’une caractéristique de la Bourse aussi simple que peu connue : les entreprises qui vont en Bourse obtiennent de l’argent sans l’obligation de rembourser. Grâce à cet argent “gratuit”, elles peuvent investir, se développer et recruter. Là est la vertu de la bourse.

Et son génie, pourrait-on dire : les investisseurs-spéculateurs savent que l’entreprise ne remboursera jamais les fonds levés à l’origine. Mais ils savent aussi qu’ils peuvent obtenir dès le lendemain le remboursement des actions acquises… par leur revente en Bourse. Une certitude d’autant plus forte qu’il y a un grand nombre de ces investisseurs… spéculateurs.

Ce regard positif porté sur la Bourse permet incidemment de faire un sort à l’idée fausse qu’un euro qui va en Bourse “sort de l’économie réelle”. Loin de sortir, cet euro revient aussitôt dans les mains de celui qui a vendu ses actions, et réintègre donc l’économie réelle. On peut ajouter que le temps court du spéculateur permet le temps long pour l’entreprise. De façon paradoxale, l’activité frénétique, voire cupide de la Bourse est indispensable à son fonctionnement harmonieux.

On imagine la puissance de ces observations de bon sens. Sans aller jusqu’au pardon donné aux marchés, le dicastère pourrait dès lors mettre tout son talent au service d’une tâche éminemment positive : donner du monde économique moderne une image optimiste et féconde. Chacun serait invité à aller plus loin, à mieux comprendre l’univers jusque-là honni des marchés et des banques, un univers tellement présent et tellement nécessaire dans la vie de tous : individus, entreprises, États...

Dans une perspective idéale, l’enseignement classique prendrait alors le relais d’une éducation générale dans ces domaines. Pour le plus grand bien de notre pays, et pourquoi pas, dans l’espoir d’un affadissement des tentations populistes.

 

Alain Lemasson 

   

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 Publié le 18 septembre 2019

 

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Titre original:  L'Enseignement de l'Économie en Allemagne

 

L’enseignement de l’économie dans les Lycées français et allemands présente de nombreuses similitudes, et notamment son manque d’efficacité. De part et d’autre du Rhin en effet, les voix ne manquent pas pour dénoncer des programmes qui ne préparent pas les futurs bacheliers à la compréhension des entreprises et de l’économie réelle. 

 

Un article d’un grand quotidien intitulé « Les ignorants » (Die Ahnunglosen) illustrait récemment l’inculture économique des bacheliers allemands par cette réponse à une question du journaliste : « L’économie ? C’est tout ce que je ne comprends pas aux infos ». 

 

Les programmes français et allemands ont en commun l’impasse quasi complète sur la finance et sur le rôle des banques et des marchés dans le financement de l’économie. Rien n’est dit de l’action de la BCE et de l’importance de l’euro au plan international. Pire, ces programmes distillent une forme d’hostilité à l’égard des institutions financières et de l’euro, désignés pêle-mêle comme responsables des problèmes de notre temps. 

 

Un autre point commun entre la France et l’Allemagne, tout aussi remarquable, concerne la méthode d’enseignement. Dans ces deux pays l’économie et la sociologie sont en effet regroupées en une seule matière, avec le risque évident du biais idéologique. Parler des lois de l’économie et de l’entreprise, et développer simultanément l’analyse critique de ce qui est dit à l’aune de la pensée de Marx, Bourdieu et Durkheim, préjuge ainsi de la capacité des jeunes élèves à faire la part des choses, à échapper à la confusion. 

 

La France a résolu ce problème par son déplacement pourrait-on dire. Le bac ES est supprimé, et l’économie ne devrait plus être qu’une option du nouveau bac annoncé. Mais il est permis de douter d’une séparation future de l’économie et de la sociologie. Il ne faut pas sous-estimer la résistance au changement de ceux qui ont voulu leur rapprochement. 

 

La situation en Allemagne est intéressante à observer à cet égard du fait de la décentralisation de l’enseignement au niveau des Länder, et donc de l’autonomie de ces derniers en matière de programmes. Si leur très grande majorité a effectivement opté comme en France pour l’enseignement couplé de l’économie et de la sociologie, les choses ont commencé à bouger.  

 

Deux Länder ont résisté au couplage, dont le Bad Wurtemberg (Francfort) depuis 2016. En Rhénanie du Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d’Allemagne, les discussions sont en cours. Il y est question de la création d’un cours d’économie proprement dit et d’un autre cours dédié à la politique, selon un modèle déjà expérimenté dans divers  établissements. Progressivement, l’idée du découplage fait ainsi son chemin. 

 

Last but not least, aux débats sur les programmes d’économie s’ajoute l’idée d’une centralisation de l’éducation au niveau national, à l’image du modèle français. La création d’un Ministère Fédéral de l’Education n’est sans doute pas pour demain, et l’on peut penser que ceux qui veulent moderniser l’enseignement de l’économie en Allemagne vont d’abord chercher à généraliser la séparation de l’économie et de la sociologie. Ce qui laisse entier le problème du contenu des cours d’économie. L’amélioration de la culture économique et financière des bacheliers est donc une affaire de longue haleine, en France comme en Allemagne. 

 

Alain Lemasson 

 

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25/09/2019