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Trop fort l'Euro ?

 

Publié dans Les Echos le 18 décembre 2013

 

 

Trop fort l’Euro ?

 

Le discours anti-euro gagne en importance. L’euro fort serait pour beaucoup responsable de la faiblesse du commerce extérieur français. Pire encore, la monnaie commune empêcherait par son existence-même toute dévaluation susceptible de corriger les écarts de productivité intra-européens. Il faudrait donc affaiblir l’euro pour dynamiser notre commerce extra-européen, voire en sortir pour rétablir notre compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne. Les dévaluations - celle de l’euro ou celle du franc après une sortie de l’euro - sont ainsi présentées comme les remèdes à nos difficultés. 

 

Ces points de vue sont naturellement discutables. On peut contester l’impact de l’effet prix sur la demande extérieure des produits français, ou la capacité-même de baisser sensiblement le prix des exportations, sachant que ces dernières incorporent en moyenne 30% d’importations. Mais il n’est pas inutile de poser avant tout la question du possible : pourrait-on, si on le souhaitait, dévaluer l’euro ? Pourrait-on en sortir ?

Disons le tout de suite, la réponse est non aux deux questions, pour des raisons techniques, politiques et économiques.

 

On ne pourrait plus dévaluer l’euro comme on dévaluait le franc il y a trente ans, par décision unilatérale, mise en place d’un contrôle des changes, restriction des importations et intervention de la banque de France sur le marché des changes.

 

Le contexte est complètement différent. La force de l’euro découle principalement de son statut de monnaie de réserve, ce que le franc n’était pas. La Chine, la Russie et certains Etats du Golfe achètent des euros pour convertir leurs excédents dans les dettes souveraines européennes. Autant par confiance dans l’euro que par un souci de diversification par rapport au dollar. Il est clair que ces pays n’assisteraient pas les bras croisés à la dévalorisation de leurs avoirs. 

 

Techniquement et juridiquement, la dévaluation de l’euro devrait être pilotée par la BCE. Mais le voudrait-elle qu’elle ne pourrait pas.  Les flux quotidiens sur l’euro, considérables, sont au-delà de ses moyens d’intervention. La seule arme possible serait celle des taux, dont on a récemment observé l’éphémère efficacité.

 

Quant au retour au franc et à sa dévaluation, c’est une utopie. Qui pourrait envisager sereinement la fin du projet européen, le défaut inévitable de la France sur sa dette souveraine soudainement gonflée ? Sans parler du chaos social causé par la hausse immédiate des prix des produits importés, du pétrole notamment.

Que faire alors, et comment résoudre le problème bien réel des différences de productivité intra-européennes ? Sur le plan de la pensée économique, nous sommes en terra incognita, ou presque. La seule référence est celle des travaux de Mundell sur les zones monétaires optimales. C’est dans une union politique permettant des transferts budgétaires que ce prix Nobel d’économie voit la solution. Une solution inéluctable en Europe, à l’horizon de cette génération, ou de la suivante.

 

Le discours anti-euro doit être combattu pour son irréalisme. Il doit l’être aussi pour son caractère insidieux. Les plaidoyers pour la dévaluation de l’euro ou le retour au franc suggèrent en effet l’image en pointillé d’une Europe et d’une Allemagne déterminées à ne rien changer. Une Europe et une Allemagne finalement responsables des difficultés françaises. Il faut combattre cette propagande.

 

Alain Lemasson

ancien de Banque Indosuez

 


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19/12/2013