alainlemasson.fr

alainlemasson.fr

Les subtilités du quantitative easing

 

Le dispositif d’assouplissement quantitatif de la BCE en vigueur depuis 2014 a été présenté comme devant produire plusieurs effets. Parmi ceux-ci, il y a ceux que l’on perçoit effectivement, comme la baisse de l’euro et du coût du crédit, et il y a ceux que l’on attend encore, comme la remontée de l’inflation ou la reprise du crédit. Il faudrait ajouter à cela un effet moins visible, l’aide à la recapitalisation des banques. 

 

Pour diverses raisons, de nature politique notamment, cet effet n’a pas été évoqué. Il est pourtant bien réel et facile à mettre à jour.

 

Le cœur du dispositif de la BCE est en effet  le rachat d’obligations d’État détenues par les banques. Le bon sens conduit à penser à cet égard que si les banques acceptent de vendre, c’est qu’elles y sont incitées, qu’elles y trouvent leur intérêt. Un intérêt qui n’est pas seulement de récupérer des liquidités pour se désendetter ou faire de nouveau crédits. Un intérêt qui est aussi financier. Tout dépend en effet des conditions de rachat offertes par la BCE, un élément du dispositif gardé confidentiel par les parties.

 

Pour inciter un prêteur à vendre un crédit ou une obligation, il faut lui proposer un taux inférieur au taux d’origine de l’actif cédé. Le différentiel de taux se traduit pour le vendeur en une plus-value de cession qui peut être considérable. Prenons l’exemple d’une obligation sur dix ans au taux de 2 %. Si la BCE offre de la racheter au taux de 1 %, la plus-value réalisée par la banque sera de 9.5%. Comme le montre le calcul actuariel, cette plus-value sera même doublée si la BCE offre  un taux de rachat de 0.25% ! La BCE dispose ainsi d’un outil aussi puissant que discret pour donner un coup de pouce aux banques en mal de fonds propres. 

 

Ce dispositif rappelle la politique pratiquée par la FED au lendemain de la faillite retentissante des Savings and Loans américaines. Pour aider les banques à se recapitaliser, la FED leur prêtait directement des fonds à bas taux d’intérêt, des fonds aussitôt réinvestis dans les emprunts du Trésor américain. Cette manière de faire n’avait pas rencontré d’opposition politique car le contribuable américain n’était pas lésé. Tout était mis sur le compte de la planche à billets.

 

Si l’Allemagne a accepté sans broncher ou presque la mise en place du quantitative easing, ce n’est pas seulement le résultat de la capacité exceptionnelle du patron de la BCE à créer le consensus. C’est aussi qu’elle y trouve son compte. Beaucoup de banques allemandes sont en mauvais état et la possibilité de les remettre en selle sans aide fédérale n’y est sans doute pas étrangère.

 

Sur un plan global le dispositif de la BCE apparait comme vertueux : il n’y a pas d’injection directe d’argent public pour aider les canards boiteux. Donc pas de contravention à l’orthodoxie budgétaire, et pas de mutualisation des risques européens, un dispositif rejeté en son temps dans le cadre de la discussion sur les eurobonds. Toutes les parties prenantes semblent néanmoins observer une grande discrétion sur ce point.

 

A titre d’illustration de ce qui précède, on peut d’ores et déjà constater que sur la période 2014-2015, une grande banque française a affiché des fonds propres en forte augmentation, sans proportion avec l’évolution de ses marges d’exploitation et sans émission d’actions nouvelles.   Il sera intéressant d’observer les prochains rapports annuels des banques européennes et de mettre à jour l’impact des mesures « non conventionnelles » sur leurs fonds propres.

 

Alain Lemasson

Fondateur du site INFOFI2000.com

a@lemasson.org

 



05/04/2016