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Pour une défense française de l'Europe

  

 

La presse anglo-saxonne avait salué en son temps l'accession aux plus hauts postes de l'exécutif  français de nouveaux profils d'hommes politiques, les avocats d'affaires. Notre Président est l'un de ceux-là. Un homme de négociation, de rapports de force, un homme de coups diraient certains. Un homme qui a su  développer une méthode brillante de conquête du pouvoir et s'apprête à récidiver. Cette belle énergie et ce sens tactique pourraient être mis au service d'une cause susceptible de marquer l'histoire de notre pays, le  positionnement durable de la France dans la gouvernance européenne. 

 

Notre politique européenne semble pour le moment curieusement ambivalente, pour ne pas dire schizophrène. L'affirmation de la spécificité française se heurte chaque jour à l'avancée inexorable des lois européennes, qui musellent les nôtres. Le traité de Lisbonne, tellement attendu, annonce de profonds reculs de notre indépendance. Les nouveaux pouvoirs accordés à  Bruxelles et à Strasbourg  le seront au détriment des pays de l'Union. Le grignotage programmé de la souveraineté nationale pourrait bien déclencher un jour quelque étincelle dans les deux domaines clés des prérogatives présidentielles françaises, la politique étrangère et la défense nucléaire. 

 

Certes la donne a changé, et on comprend bien que seule la création d'un bloc européen solide permettra de tenir tête aux grands ensembles constitués ou à venir, des Etats-Unis à l'Inde et à la Chine. Agir sur les affaires du monde suppose toutefois, outre un poids économique suffisant, une capacité politique et militaire que l'Europe est bien loin de détenir à ce jour. Or à elle seule, la France dispose de deux atouts majeurs à cet égard, dont l'apport pourrait être décisif : le deuxième outil diplomatique mondial et une force de dissuasion crédible. 

 

C'est ici que la capacité tactique de notre Président pourrait s'illustrer, en ouvrant la discussion taboue sur le partage européen de notre Siège permanent au Conseil de Sécurité et de la dissuasion nucléaire française. En contrepartie de ce partage, la France demanderait  le commandement du dispositif militaire européen. Le poste de Ministre de la Défense du futur gouvernement d'Europe  nous échoirait de droit, ou pourquoi pas celui de Vice-président de l'Europe, dans un schéma à l'américaine.  Conséquence collatérale du partage, nous pourrions négocier la mutualisation des coûts du nucléaire militaire français, dans une perspective d'allègement budgétaire. 

 

On imagine sans difficulté les résistances militaires et politiques suggérées par ce scénario fiction. Il faut néanmoins observer que les pays d'Europe ont bénéficié et bénéficient encore implicitement de la protection nucléaire française, à titre gracieux pourrait-on dire.  Il faut surtout considérer que le partage évoqué pourrait se faire de proche en proche, Etat après Etat, ce qui en faciliterait grandement la négociation.

 

Ce scénario-fiction ne fait qu'anticiper une réalité incontournable : sans la force militaire, l'Union Européenne n'accèdera pas au statut d'Europe-puissance. Quel autre pays que le nôtre pourra lui fournir clé en main les attributs indispensables de cette puissance ? Pourquoi attendre ?

 

 

 

 

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14/10/2009