alainlemasson.fr

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Le désarroi de gauche

 Août 2014

 

La Gauche  a toujours considéré la réduction des inégalités par la redistribution des richesses comme la mission prioritaire de l’Etat. Cette vision des choses s'est hélas fracassée sur la mondialisation.
Des ennemis insaisissables se sont en effet imposés dans l'espace national autrefois maitrisé. Des  ennemis qui ont pour nom la finance, les marchés, l'euro, la concurrence internationale... tous domaines sur lesquels l'Etat n'a pas ou peu de prise.
Désarroi suprême, la mondialisation est sans alternative, et surtout, formidablement efficace. Elle est à l’origine d’un incontestable mieux-être. Certes les écarts entre riches et pauvres perdurent, mais l’élévation globale du niveau de vie est visible dans tous les pays dont l’économie est ouverte.
Cet état de fait est source de grandes frustrations. Le silence des penseurs de gauche et l'absence d'explications "officielles" sur le changement de décor ont laissé émerger des courants extrêmes.
C’est ainsi qu’il faut comprendre le refuge dans la protestation, dont Marianne, le NPA ou Mélenchon sont quelques-uns des porte-drapeaux. Ou la fuite en avant dans les utopies du moment, comme la croissance zéro et la conversion écologique de l'économie. Le "keynésianisme vert" serait dès lors le nouveau phare de notre avenir, porteur d’emplois et de bonheur durables. Dans ces deux voies, il y a une forme de refus de reconnaître le « réel » et la perte de pouvoir de l’Etat-Nation.
Le plus frappant en cette affaire est que ce désarroi et cette souffrance qui touchent environ un citoyen sur deux dans notre pays, reposent en grande partie sur la méconnaissance et l'incompréhension de l'économie et de la finance. La liste des malentendus est longue : les dividendes indus, l’argent gagné en dormant, les licenciements boursiers, le mythe de la dévaluation salvatrice, etc…
Beaucoup de ceux qui pensent ainsi sont par ailleurs convaincus de la responsabilité de « Bruxelles » dans l’obligation faite à la France de réduire ses déficits. Ils ne savent pas ou ne veulent pas savoir que les milliards du déficit hebdomadaire ne sont pas empruntés à la Commission mais sur les marchés honnis. Et que ces marchés sanctionnent la mauvaise gestion.
Comment traiter le mal des idées fausses? La question est un véritable défi dans un pays où la plupart des éducateurs, du lycée à l'université, sont imprégnés de l'idée sincère que la finance représente le mal absolu. La lecture des programmes d’Economie en Terminale est à cet égard consternante. Ce n’est hélas que dans le temps long que ce problème d’éducation pourra être traité.
La voie rapide du salut serait l’acceptation par la Gauche entière de cette économie sociale de marché chère à nos voisins d’outre-Rhin. La social-démocratie n’a malheureusement pas trouvé en France de chantres éloquents à ce jour. C’est pourtant la voie implicitement choisie par les dirigeants actuels, mais faute d’explication à ce jour, faute de verbalisation, cette orientation apparaît comme une trahison.

La mission de pédagogie incombe au Chef de l’Etat. Il lui appartient de couper court aux malentendus et de mettre un terme à la récupération par le FN des Français sans boussole. S’il veut rester dans l’histoire, qu’il dise les choses et conjure l’omerta française sur les réalités « à ne pas dire ». Qu’il explique la mondialisation, ses parts d’ombre et de lumière. Qu’il relise les appels de Roosevelt, Churchill et de Gaulle. Oui il y a des combats à mener, à condition de les nommer et de nommer les enjeux. Oui la guerre économique est une réalité quotidienne. Oui l’Europe est la voie du jeu égal avec les grands Etats. Le chef de l’Etat aurait tout à gagner à s’exprimer ainsi.

 



29/08/2014