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la finance expliquée à mes enfants

 

 

 

 

   

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Ce qui suit est un extrait du livre La finance expliquée à mes enfants. Le livre complet, en version "papier" devrait paraître en 2021.

 

  

 

Chapitre 1 - DIS-PAPA, LA BOURSE, AU JUSTE, A QUOI ÇA SERT ?

 

Okay. Parlons de la bourse. Eh bien la bourse c’est très simple, c’est une invention qui permet aux entreprises de recevoir de l’argent … sans obligation de rembourser.

 

Oui, vous avez bien entendu ! Sans obligation de rembourser. C’est un aspect des choses dont on ne parle que rarement. Les médias nous donnent une image complètement différente.

 

Vous avez vu comme moi, dans les films ou à la télé, quand on parle de la bourse, on voit des gens très agités, qui regardent des écrans emplis de chiffres et qui courent à droite et à gauche. On parle des traders qui gagnent des fortunes et font couler les banques. C’est spectaculaire mais effectivement, on n’y comprend rien.

 

Et chaque jour, dans les news, on apprend que la bourse a monté, ou qu’elle a baissé. Telle action a monté de façon spectaculaire ou s’est écroulée. Et ça ne s’arrête jamais, d’un côté à l’autre de la planète. Il y a même des ordinateurs qui vont tout seuls en bourse. Et on se demande pourquoi il y a des hausses et des baisses. Chaque jour, les commentateurs trouvent des explications. La politique ceci, le pétrole cela, les investisseurs ceci, la technologie cela.

 

Mais papa, explique-nous ce mystère de l’entreprise qui ne rembourse jamais.

 

J’y viens. Pour bien comprendre la bourse, il faut commencer par le commencement. Il faut regarder un moment très précis de la vie d’une action, sa création, sa naissance. C’est le point de départ et vous allez voir comme c’est malin.

 

Je parle de naissance, parce que c’est exactement ça. Un beau matin, une entreprise décide d’entrer en bourse. Elle le fait car elle a besoin d’argent, mais ne veut pas ou ne peut pas passer par sa banque, pour des raisons X ou Y que je vous expliquerai plus tard. La raison la plus simple étant souvent d’ailleurs que la banque ne veut plus prêter car elle a atteint ses limites.

 

Concrètement, l’entreprise fait imprimer des actions à son nom et les propose en bourse. Bien-sûr c’est préparé. Il y a eu des annonces, de la publicité, des calculs savants pour fixer le prix des actions. 

 

Le jour J, n’importe qui peut acheter une ou plusieurs actions. Tout à l’heure, je vous montrerai comment faire, c’est très simple. Les gens qui achètent pensent que l’entreprise en question va bien travailler et que dans quelque temps ces actions vont prendre de la valeur. Et alors, en les revendant, ils pourront faire un bénéfice. Ils espèrent aussi recevoir des dividendes.

 

Le plus intéressant, c’est ce qui se passe du côté de l’entreprise. Pour elle, c’est très simple, l’argent qu’elle reçoit en échange des actions qu’elle a fait imprimer, elle le garde pour elle. Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, elle ne le remboursera jamais. Pour être plus précis, elle n’a aucune obligation de rembourser, ce qui revient au même !

 

C’est miraculeux, vous ne trouvez pas ? Vous empruntez de l’argent sans obligation de rembourser.

 

Vous allez me dire, mais alors pourquoi les gens achètent des actions s’ils ne sont jamais remboursés ? Et pourquoi toutes les entreprises ne vont pas en bourse si c’est tellement miraculeux ?

 

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Oui justement ! 

Alors parlons des acheteurs d’actions. Les acheteurs d’actions ne sont pas remboursés par l’entreprise, mais ils savent qu’ils peuvent revendre leurs actions dès le lendemain s’ils le souhaitent, et donc récupérer leur mise. Avec bien sûr l’espoir de faire un bénéfice, comme je vous l’ai dit. Il est même arrivé que des acheteurs d’actions les revendent le jour mêm! Pourquoi ? Parce que le cours avait monté en quelques heures. Le cas le plus spectaculaire est celui d’AliBaba, la société chinoise qui concurrence Amazon.

  

Tu dis qu’ils peuvent revendre très vite leurs actions, mais que se passe-t-il s’il n’y a personne pour les racheter ?

 

Il y a toujours quelqu’un parce qu’il y a un grand nombre d’intervenants en bourse. Il y a toujours un acheteur, c’est une affaire de prix.

 

Vous réalisez à quel point cette invention est géniale ? Oui, en fait vous pensez que c’est trop beau pour être vrai. Qu’il y a un loup.

 

Il n’y a pas de loup. Mais j’y pense, si vous voulez impressionner vos copains, vous leur parlerez d’IPO. Prononcez en français A-i-Pi-O, et vous avez le son anglais. IPO est l’abréviation de Initial Public Offering, mot-à-mot, offre publique initiale. En français, le terme technique est « Introduction en bourse ».

 

Papa, on n’en est pas là ! Mais la question que tu as posée toi-même, pourquoi toutes les entreprises ne vont pas en bourse ? Et puis, tout ça se passe sans contrôle ? Il n’y a pas des fraudes, des abus ?

 

Mais tu penses à quelles sortes de fraudes ou d’abus ?

 

Je ne sais pas moi. Les entreprises sont prêtes à tout pour aller en bourse, pour faire des IPO, comme tu dis. Emprunter de l’argent sans rembourser, c’est le jackpot. Et puis il y a peut-être des escrocs qui font imprimer des fausses actions et les revendent. 

Imprimer des fausses actions, ça ne s’est jamais vu, d’autant moins que les actions « papier » n’existent plus. La bourse est devenue incontournable pour tout le monde. 

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Pour les entreprises qui ont besoin d’argent et pour les épargnants qui veulent faire des placements. C’est donc l’intérêt de tous que les choses se passent bien. Contrairement à ce qui est dit sur les marchés débridés et l’absence de régulation, la bourse est très contrôlée. Mais on va s’arrêter un moment. Je voudrais vous montrer comme il est simple d’acheter ou de vendre des actions sur internet….

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2ET QUI CONTRÔLE LA BOURSE ?

 

… Je disais tout à l’heure qu’il n’y a pas de loup, mais il y a des règles sévères pour les sociétés comme pour ceux qui achètent ou vendent des actions.

 

Bien-sûr que toutes les entreprises ou presque rêvent d’aller en bourse ! Mais comme je viens de le dire, il y a de vraies contraintes, la transparence, l’honnêteté absolue des comptes qui doivent être contrôlés par des organismes reconnus. Mais surtout, il faut bien voir le vrai prix à payer pour cet argent obtenu en bourse sans obligation de remboursement. Ce prix, c’est une perte d’autonomie pour l’entreprise.

 

Une action, c’est juridiquement un titre de propriété d’une partie du capital de l’entreprise. Les actionnaires sont les copropriétaires de l’entreprise. Donc ceux qui achètent des actions ont leur mot à dire sur la gestion de l’entreprise, et ça peut devenir gênant pour les fondateurs lorsqu’une grande partie du capital est concentrée dans les mains de quelques actionnaires extérieurs. Il y a des cas célèbres de fondateurs écartés de leur entreprise par les actionnaires. Rappelez-vous Steve Jobs mis à la porte d’Apple à une époque, et rappelé en suite. Rappelez-vous le cas plus récent du fondateur d’Uber, viré en juin 2017.

 

Plus généralement, et contrairement à ce qu’on entend souvent, la bourse est régulée, très régulée même. Toutes les bourses mondiales sont contrôlées, et les entités chargées de ces contrôles ont des pouvoirs étendus. 

Aux Etats-Unis, l’organisme qui fait ce contrôle s’appelle la SEC, abréviation de Security Exchange Commission. Le mot Security est un faux-ami qui signifie « titre ». Les actions sont des titres. Il existe une autre catégorie de titre, les Obligations, dont je vous parlerai le moment venu.

 

En France l’organisme chargé du contrôle de la bourse s’appelait la COB, la commission des opérations de bourse. La COB a fusionné avec un autre organisme qui s’occupait des obligations. Elle est devenue l’AMF, Autorité des Marchés Financiers. L’AMF est donc le pendant français de la SEC. Pour que les choses soient simples, l’AMF a été à son tour fusionnée avec l’organisme de contrôle des banques pour donner l’ACPR. Ollé les acronymes !

 

Mais ne vous inquiétez pas pour retenir tous ces sigles, l’important est de savoir que le contrôle est pris très au sérieux.

 

Ces organismes vérifient que les entreprises qui veulent être cotées, et celles qui le sont déjà, se conforment scrupuleusement aux obligations de transparence et de sincérité des comptes. Si une infraction est constatée, les sanctions peuvent aller jusqu’au retrait de la bourse. Ce contrôle est pris très au sérieux par les entreprises.

 

Et du côté des intervenants, les organismes en question font une sorte de police efficace. Le problème numéro un est la triche consistant à utiliser une information confidentielle de l’entreprise pour faire une opération. Ce qu’on appelle le délit d’initié.

 

Si par exemple je sais par un copain que son entreprise est sur le point de décrocher un très gros contrat, la tentation est forte d’acheter immédiatement des actions. Le jour où l’information sur le gros contrat sera rendue publique, le cours va monter. Donc je peux faire un bénéfice en revendant mes actions.

 

C’est difficile à prouver sur le moment, mais par des recoupements, par l’accès aux comptes bancaires des personnes suspectées, les organismes de contrôle font régner l’ordre. Ils ont le pouvoir de sanctionner les infractions par des amendes qui peuvent être très élevées.

 

D’accord, les gens achètent des actions parce qu’ils pensent que le cours va monter. Mais qu’est-ce qui fait monter les cours. Qui décide que telle ou telle action va monter ? Et pourquoi les cours vont monter de 2% et pas 4% ?

 

Là aussi, la réalité va vous surprendre. Tout le monde a entendu parler des traders. On sait que la City de Londres, a recruté des milliers d’ingénieurs pour optimiser le travail des traders. On parle aussi des ordinateurs qui passent tous seuls des milliers d’ordre en quelques fractions de secondes. Ce qu’on appelle le high frequency trading, le trading haute fréquence. J’y ai déjà fait allusion.

 

On peut donc penser que les mécanismes boursiers sont compliqués. Oui, ils sont compliqués, mais les principes sont simples. La règle des hausses ou des baisses de cours, c’est l’offre et la demande.

 

Oui l’offre et la demande, la même règle qui s’applique dans tous les marchés, c’est-à-dire des lieux où des acheteurs et des vendeurs se rencontrent. Je dis bien tous les marchés. Les marchés immobiliers, le marché de l’emploi, le marché aux légumes.

 

J’ai d’ailleurs prévu de vous emmener au marché du samedi matin, près d’ici, pour faire une petite étude … de marché, justement.

 

C’est comme les ventes aux enchères : plus il y a de gens qui veulent acheter, plus les prix montent. Et au contraire, s’il y a peu d’acheteurs, les prix baissent. Parfois les vendeurs préfèrent retirer les objets de la vente si les prix proposés sont trop bas.

 

Les marchés existent lorsqu’il y a plusieurs personnes qui achètent de que d’autres proposent à la vente. Le prix du marché est comme un vote.

 

Le mécanisme qui se passe dans la tête pour déclencher l’envie d’acheter est parfois un peu mystérieux mais ce qui est clair, c’est le résultat. A un moment donné, le niveau de prix déclenche l’achat.

 

Eh oui, malgré la sophistication, malgré les algorithmes, le niveau de cours des actions n’a rien de mathématique. Il y a des éléments objectifs, des repères, mais à la fin tout se passe dans la tête des gens. Et quand tout le monde pense la même chose, il y a ce qu’on appelle un krach, parce que si tout le monde veut vendre au même moment ou acheter au même moment, le prix implose ou explose, le prix devient fou. C’est comme si tous les passagers d’un paquebot montaient sur le pont et de penchaient du même côté. Le bateau se renverse.

 

Papa, tout s’embrouille dans ma tête. Je comprends que la bourse c’est génial parce que ça permet aux entreprises d’obtenir de l’argent avec un minimum de contraintes. Mais que deviennent les banques dans tout ça ? Elles vont disparaître ? Et aussi, la question à laquelle tu n’as pas répondu, pourquoi toutes les entreprises ne vont pas en bourse?

 

Ah ! Les questions que j’attendais ! Comment la bourse et les banques se combinent, est-ce qu’il y a une concurrence ? Mais d’abord la dernière question, pourquoi il n’y a -t-il pas une ruée des entreprises vers la bourse.

 

J’y ai en partie répondu en parlant de la perte d’autonomie pour les propriétaires de l’entreprise, de l’obligation de transparence. Prenez l’exemple de Chanel, une entreprise familiale qui a une tradition de discrétion et de secret. Les propriétaires ne veulent pas s’exposer, rendre leurs comptes publics. Mais surtout ils n’ont pas besoin d’argent ! Ce genre d’entreprise n’a pas de lourds besoins d’investissements.

 

Quand une entreprise veut chercher de l’argent en bourse, elle se tourne vers une banque d’affaires, qui va la conseiller de A à Z pour son IPO. Une première sélection s’opère déjà.

 

Une banque d’affaires joue un peu de sa réputation à chaque opération. Elle ne va donc pas courir le risque de conseiller un canard boiteux. Le dossier de l’entreprise doit être impeccable, son business model doit être clair, ses dirigeants de grande qualité, etc …

 

Ensuite se pose la question décisive, le prix auquel l’action sera proposée. Evidemment ce n’est automatique, mais il y a de nombreuses techniques pour définir une « zone » de prix possibles. Les banques d’affaires procèdent entre autres par comparaisons avec des entreprises semblables, et s’inspirent des ratios observés dans ces entreprises. Le plus courant est le fameux PER, le Price Earning Ratio.

 

Voilà je vous donne un nouveau mot du jargon financier. Ce n’est pas très compliqué. C’est le rapport entre le prix total des actions et les bénéfices. En fait pour que ça soit plus parlant, on se met au niveau du cours de l’action. Et de même, pour que ça soit homogène, on ne regarde pas la totalité du bénéfice, mais le bénéfice divisé par le nombre d’actions, ce qu’on appelle le bénéfice par action. Les spécialistes disent aussi que le cours de l’action capitalise n fois le bénéfice par action. C’est une autre façon de dire que le PER est égal à n.

 

C’est du bon sens en fait. Un cours en euro ou en dollar ne permet pas les comparaisons entre les entreprises. Le PER, lui, le permet.

 

Bon c’est technique. Retenez seulement que pour aller en bourse, il faut être nickel à tous les points de vue et que finalement c’est la banque d’affaires qui va faire le filtre et décider de tout.

 

Alors, si ça ne marche pas, l’entreprise va voir sa banque habituelle ?

 

C’est un peu ça, mais plus largement je vais vous expliquer pourquoi les banques et la bourse sont complémentaires. 

 

 

 

 

 

 

  

Chapitre 3 – ON DIT QUE LA BOURSE N’EST PAS DANS L’ÉCONOMIE RÉELLE

 

Euh papa, on voit à peu près, mais c’est pas grave. Tu nous re-expliqueras ça une autre fois. Ce qu’on voudrait maintenant, c’est que tu nous expliques cette finance dont on parle sans arrêt, les marchés, les obligations, les dérivés. Ce que toi tu appelles le monde de la finance. Et d’abord, tout le monde dit que les marchés sont déconnectés de l’économie réelle, est-ce que c’est vrai ?

 

Attends, c’est qui « tout le monde » ?

 

Ben tu vois, les journaux, les hommes politiques. On le dit aussi à la Télé.

 

Oui en effet. Tu aurais pu ajouter les économistes. Enfin pas tous, mais presque. Ce discours sur l’inutilité des marchés n’est pas juste mais il peut convaincre beaucoup de monde car il joue sur les apparences.

 

Je vais commencer par vous parler de ces apparences.

 

Parler d’une déconnexion des marchés et de l’économie réelle, c’est imaginer une séparation entre les deux, une séparation qui serait la source d’un gâchis formidable.

 

D’un côté donc, il y aurait des masses d’argent qui circulent, de l’argent qui tourne en rond, le mauvais argent de la spéculation. Et de l’autre il y aurait l’économie réelle, une économie vertueuse qui aurait bien besoin de cet argent mais qui en serait privée.

Cette vérité apparente s’appuie sur deux affirmations … fausses. La première est que les sommes mises en jeu chaque jour sont colossales. La seconde est que les marchés seraient des lieux de spéculation pure.

Les sommes colossales d’abord. Vous allez voir comment se crée une illusion.

 

Imaginez une mini-bourse. Quelqu’un achète une action de 100€ à une entreprise. Ce quelqu’un revend son action au même prix une heure après à un acheteur, qui la revend, etc …, dix fois de suite dans la journée.

 

C’est effectivement ce qui se passe en vrai chaque jour, à une autre échelle bien-sûr. Je vous dirai plus tard pourquoi il y a des gens qui font ça.

 

Les commentateurs de la mini-bourse vont dire: aujourd’hui, le volume des échanges a été de 1000€. C’est une manière de voir les choses, et en effet dix fois cent euros, ça fait 1000€. Mais cela veut-il dire que 1000€ sont sortis de l’économie « réelle » pour s’investir en bourse ?

 

Non bien-sûr. En fait rien n’est sorti de cette économie réelle, même pas les premiers 100€.

 

Je vois la surprise dans vos regards, mais vous allez comprendre.

 

Le premier acheteur a effectivement diminué ses avoirs de 100€, mais l’entreprise a augmenté les siens du même montant. Lorsque cette action a été revendue, le nouvel acheteur a versé 100€ au vendeur et ainsi de suite.

 

Tour à tour, 100€ sont sortis puis entrés dans les poches des uns et des autres, mais globalement, l’argent qui circule n’a pas été retiré des circuits de l’économie réelle.

 

Donc lorsqu’on lit ou entend que chaque jour des milliers de milliards de $ et d’€ se sont portés en bourse, ou sur le marché des changes, ou sur tout autre marché, en fait c’est beaucoup moins, et surtout, cet argent n’est pas sorti du système économique. 

 

Ce qui est sorti d’un côté est immédiatement rentré de l’autre. Globalement, les choses n’ont pas changé.

 

Le seul intérêt de ces chiffres énormes est de permettre les comparaisons d’activité. Les comparaisons d’un jour à l’autre pour une bourse donnée, ou les comparaisons de bourses de différents pays.

 

Ceci dit, il reste l’autre affirmation, selon laquelle l’activité en bourse serait en fait inutile. Pire elle serait immorale, puisque spéculer, ce n’est pas bien.

 

C’est le deuxième miracle de la bourse: la spéculation est utile. 

Rappelez-vous, le premier miracle de la bourse est que l’entreprise qui a émis des actions n’est pas tenue de rembourser ce qu’elle a reçu. Et s’il y a des gens disposés à acheter une action, puis à la revendre puis à en racheter une autre, c’est parce qu’ils ont l’espoir de gagner de l’argent. C’est parce qu’ils ont le goût de la spéculation et du risque.

 

Et c’est parce que cette envie de spéculer existe qu’à un moment, une entreprise a reçu de l’argent qu’elle n’aura pas à rembourser.

 

De l’argent qu’elle va utiliser pour investir, recruter du personnel, se développer, embaucher. De l’argent qu’elle va utiliser à des fins vertueuses.

 

Papa je ne comprends plus. Tu parles des spéculateurs qui ne pensent qu’à gagner de l’argent et des entreprises qui sont des modèles de vertu.

 

Je n’ai pas dit que les entreprises étaient des modèles de vertu. C’est le système boursier qui est vertueux. ! La bourse transforme l’esprit de spéculation en élément positif pour l’économie. C’est un effet vertueux greffé sur le terrain de la spéculation qui n’est peut-être pas vertueuse, mais dénote une capacité à prendre des risques.

 

C’est troublant, je suis d’accord, puisqu’on a l’impression d’un tour de passe-passe. Le mal devient bien. Le vice devient une vertu.

 

Vous comprenez pourquoi ceux qui aiment bien voir le monde en noir et blanc sont troublés par la bourse. Vous comprenez comment ce mensonge consistant à dire que la bourse est déconnectée de l’économie est en fait une protection, un refus de voir les choses en face.

 

Dans cette affaire, il ne faut pas être un génie pour comprendre !

 

Ok certains mécanismes boursiers sont compliqués. Il y a des algorithmes très pointus pour optimiser les bénéfices entre les achats et les ventes, mais le principe ne change pas. C’est celui que je vous ai décrit.

 

Amusez-vous à en discuter avec vos copains. Expliquez-leur ce que vous avez compris. L’emprunt qui n’est pas remboursé, l’avantage pour l’entreprise, les achats-ventes qui ne s’arrêtent jamais., la spéculation qui est la condition pour que le système fonctionne… Et vous me raconterez les réactions que vous avez observées.

 

Dîtes-leur aussi que ce mécanisme spéculation-vertu existe dans d’autres domaines. Le boulanger ne fait pas le pain, dont nous avons tellement besoin, par altruisme et par amour de ses concitoyens. Il le fait pour gagner des sous.

 

Notre pain quotidien, si beau, si symbolique, existe parce que des gens, des boulangers ont envie de gagner de l’argent. Voilà, l’homme est ainsi fait, c’est ni bien ni mal, c’est comme ça.

 

Papa ! Tu dois nous parler d’économie et de finance, pas de morale !

 

Et pourquoi pas ? Mais il y a d’autres sujets tout aussi importants dont on ne parle pas à l’école, comme le droit par exemple, la psychologie, ou la politique …

 

Oui, mais la finance c’est compliqué, tu ne peux pas le nier !

 

Mais non, au contraire ! Comme vous le verrez, la finance est plus simple qu’il n’y parait. C’est même plus facile à comprendre que bien des sujets enseignés au Lycée, dans les Ecoles ou à la fac.

 

Cela dit, je comprends très bien ce que vous ressentez, cette impression de complexité. Une impression qui tient principalement à un problème de langage, et au fait que les notions de base sont rarement expliquées.

 

A propos de langage, je ne parle même pas du problème du jargon, je pense d’abord au mot finance lui-même. Un mot valise comme on dit, un mot qui a plusieurs sens. 


finance.jpg Dans l’entreprise par exemple, le mot finance s’applique à deux domaines bien distincts. Il y a d’un côté tout ce qui décrit comment cette entreprise gagne de l’argent et ce qu’elle gagne. On parle par exemple des finances de l'entreprise pour

évoquer sa rentabilité, pour voir si elle est bénéficiaire ou pas, ce qui peut être amélioré.

 

Mais à côté du calcul du bénéfice, il y a une activité parallèle absolument nécessaire pour que tout fonctionne. Une activité de financement, qu’on appelle aussi finance. Cette finance, c’est l’argent extérieur dont l’entreprise a besoin pour fonctionner. De l’argent extérieur, ça veut dire de l’argent fourni par des tiers. Même Chanel, dont je vous ai déjà parlé. Chanel, n’a pas de besoins de financement extérieur, mais ils ont quand même des petits crédits bancaires, c’est inévitable. Des crédits temporaires…

 

Vous allez comprendre. Prenez l’exemple d’une start-up qui voudrait vendre un nouveau produit. Avant de faire des ventes, il lui faut acheter des ordis, recruter des ingénieurs pour concevoir la fabrication, recruter des commerciaux, louer des locaux … Avant de vendre, il faut dépenser. Avant de vendre, il faut investir, et pour investir, il faut financer.

 

Et ce besoin de financement ne s’arrête pas là. Une fois que l’on commence à vendre, il y a toujours un décalage dans le temps, entre le moment où il faut payer les salaires et le moment où les clients paient ce qu’ils ont acheté.

 

Il y a donc deux flux d’argent distincts dans l’entreprise, un flux qui génère des bénéfices et un flux parfois plus important que le premier et qui permet à l’entreprise de tourner.

 

Pour fonctionner, une entreprise a besoin de financement. Et ce financement c’est le plus souvent du crédit bancaire, mais pas que.

Concrètement, si vous regardez ce qu’une entreprise a en caisse à un moment donné, rien ne permet de distinguer un euro résultant d’une vente d’un autre euro résultant d’un crédit bancaire. Ce qu’une entreprise a en caisse ou sur son compte en banque n’est donc jamais égal à son bénéfice.

 

Il y a un troisième sens du mot finance, c’est le monde de la finance. Ce sont les apporteurs de finance, les banques, la bourse et les marchés. Ce monde de la finance est interconnecté et il est aussi connecté aux entreprises.

 

En fait c’est plutôt l’inverse, c’est l’entreprise, toutes les entreprises, qui se connectent au monde de la finance. Les États aussi d’ailleurs, mais c’est une autre histoire.

 

Lorsqu’on parle de la politique financière de l’entreprise, on parle de la manière dont elle organise ses relations avec les apporteurs de finance, comment elle choisit de répartir ses besoins entre les organismes susceptibles de lui fournir de l’argent, les banques, bien-sûr, et aussi les actionnaires, ou les marchés financiers. 

 

La start-up dont je parlais tout à l’heure, il lui a bien fallu trouver quelque part l’argent du départ. Bon au tout début, c’est l’argent des associés et de leurs amis. Mais à partir d’un certain montant, les associés sont obligés de chercher ailleurs. Ailleurs, c’est les banques, mais les banques n’aiment pas trop les start-ups, car c’est trop risqué pour elles. Pour elles et pour nous, car il faut savoir que lorsqu’une banque prête de l’argent, c’est notre argent qu’elle prête !

 

Bon vous comprenez maintenant qu’une grande partie de la confusion que l’on ressent avec le mot finance est normale. Vous avez vu qu’il y a donc au moins trois sens à ce mot, selon que l’on parle de la création de bénéfices par l’entreprise, ou de son financement interne ou encore de sa relation avec le monde de la finance.

 

Voilà, j’espère que j’ai été clair, et que vous avez compris pourquoi le mot finance … n’est pas clair.

 

Mouais, je sens que tu devras nous re-expliquer tout ça. Mais d’abord, tu as laissé des sujets en suspens, la banque, par exemple...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 4 – DIS PAPA, EXPLIQUE-NOUS LA BANQUE

 

 

Oh c’est simple, la banque est bien utile pour tout le monde, dans la vie de tous les jours. 

 

D’abord, elle garde l’argent des clients, ce qui n’est pas rien.  Ensuite elle assure les paiements et donc elle fait tourner cet argent dans les tuyaux de l’économie. Et enfin elle distribue des crédits à ceux qui le demandent.

 

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Ce qui est intéressant, et dont on ne se rend pas compte, c’est qu’en fait, la banque prête aussitôt l’argent qu’on lui confie. Dans les banques, l’argent ne dort jamais. 

 

Attends, tu veux dire que la banque prête mon argent, … enfin, dès qu’il y en a sur mon compte ? 

 

Oui, exactement. 

 

Mais comment ça marche ? Qu’est-ce qui se passe si le lendemain je veux faire une dépense. Elle est obligée de reprendre le crédit qu’elle a fait ? 

 

Non bien-sûr. Un crédit est un crédit, la banque ne reprend rien du tout. 

 

Mais alors, comment fait-elle, si elle n’a plus mon argent et si j’en ai besoin? 

 

Facile, elle l’emprunte. 

 

Elle l’emprunte ? Alors là, je n’y comprends plus rien. 

 

Mais si, tu vas voir. La banque va emprunter ce qui lui manque à une autre banque. C’est la face cachée des banques, la solidarité. Une solidarité forcée, parce qu’une banque ne peut jamais prévoir exactement ce que ses clients reçoivent ou ce qu’ils décident de dépenser. 

 

Les banques ont l’air de se faire concurrence, ce qui n’est pas faux d’ailleurs. C’est le côté cours. Mais côté jardin, en coulisse donc, elles s’entraident. 

 

Chaque jour, des milliards circulent d’une banque à l’autre. Chaque jour, certaines banques ont des excédents inemployés, et d’autres banques ont des demandes de retrait ou de crédit d’un montant équivalent, ou presque équivalent, qu’elles ne peuvent satisfaire. 

 

Alors elles se sont organisées pour se prêter entre elles. 

 

Mais ça doit être terrible à gérer ! Et qu’est-ce qui se passe en cas de couac ? Tu dis que ça marche « presque » chaque jour. Il y a donc des jours où ça ne marche pas !

  

Oui pour tes deux remarques. C’est compliqué à gérer, mais avec les ordinateurs, ça se passe sans problème. Chaque jour, en fin de journée, les banques font leurs comptes et constatent que globalement elles ont un plus ou un moins. L’équilibre se fait très vite entre les banques « prêteuses » et les banques « emprunteuses.

 

 

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Les prêts qu’elles se font entre elles ne durent que 24 heures. Donc le lendemain, tout recommence. Il faut rembourser ce qui a été emprunté et refaire le bilan de la journée. Une banque peut être emprunteuse un jour et prêteuse le lendemain. Les mouvements d’argent décidés par la clientèle sont imprévisibles.

Incroyable ! Mais donc, s’il y a un trou ?

S’il y a un trou comme tu dis, la ou les banques qui n’ont pas trouvé de prêteur se tournent vers la banque centrale, qui, elle, a des poches illimitées. 

Ce système a un nom que vous avez peut-être déjà entendu, c’est le marché interbancaire. On parle aussi de marché monétaire.

 

Vous allez voir comme c’est malin. La banque centrale ne se contente pas d’un rôle passif, qui serait de faire l’appoint, et de compléter ce qui manque aux banques. Elle peut jouer avec les taux d’intérêts.

 

Je n’en ai pas encore parlé, mais les prêts entre banques ont un coût, calculé à partir d’un taux d’intérêt, appelé le J/J. J/J veut dire jour le jour. 

 

La plupart de ces prêts/emprunts sont à 24 heures, mais une fraction non négligeable concerne des durée plus longue, la semaine, voire le mois. Donc, conséquence importante, une banque peut être emprunteuse sur 24 heures et prêteuse sur une semaine. 

 

Voilà, vous devenez progressivement des experts. 

 

Mais qui fixe le J/J comme tu dis ? La banque centrale ? 

 

Oui et non. Je vous ai dit que ça s’appelle le marché interbancaire. Dans « marché interbancaire », il y a le mot marché. Donc une référence à l’offre et la demande. 

 

La banque emprunteuse se tournera vers celle des banques prêteuses qui propose le taux le plus bas. Donc un « prix de marché » se définit rapidement. Je devrais dire un «taux d’intérêt de marché ». 

 

Mais la banque centrale peut influencer ce taux de marché. Par exemple, elle va annoncer qu’à partir de telle date, elle prêtera ou prendra des dépôts à tel ou tel taux. Les autres banques vont évidemment s’aligner. 

 

Et ce n’est pas tout : la banque centrale joue aussi avec les volumes. En annonçant de gros volumes disponibles sous formes de prêts aux banques, elle favorise le crédit. 

 

Ce que je vous ai dit de la banque centrale marche donc dans les deux sens. Je veux dire par là qu’elle peut restreindre le crédit en augmentant ses taux et en diminuant les volumes. En fait les deux sont liés, si les taux augmentent, les volumes vont diminuer. Ils vont diminuer parce que les demandeurs de crédit. 

 

Voilà, vous commencez à entrevoir ce que veut dire l’expression « politique de la banque centrale ». Globalement, avec ses interventions, la banque centrale a le pouvoir de contrôler le volume d’argent en circulation dans l’économie. Ce que, en jargon, on appelle la masse monétaire.

  

Attends papa, ça fait beaucoup de choses à comprendre, et c’est quand même très abstrait tout ça ! 

 

Abstrait ? Oh que non. On a au contraire des exemples très concrets de ce marché interbancaire, et de son importance dans le monde entier. Vous vous rappelez de la crise des subprimes ? 

 

Papa, tu ne crois pas que ça fait déjà beaucoup à assimiler tout ça ? Et tu nous parles des subprimes !

  

Ok, tu as raison. Alors je vais conclure en vous donnant un sujet de réflexion. Qu’est-ce qui se passe à votre avis dans le marché interbancaire si les banques apprennent que l’une d’entre elles a fait des bêtises, qu’elle est ruinée et va faire faillite ? 

 

Je vous rappelle qu’une entreprise ou une banque est en faillite lorsqu’elle ne peut plus rembourser ses dettes. Pour vous mettre sur la piste, dîtes-vous bien que chaque jour les banques se prêtent entre elles, et qu’il arrive que certaines sont à la fois prêteuses et emprunteuses. 

 

Et puis la prochaine fois que vous retirez de l’argent au distributeur d’une banque, imaginez que derrière, de façon invisible, cette banque a peut-être emprunté quelques dizaines de millions d’euro à la banque d’à côté… 

 

Ce qu’on ne voit pas est aussi important, voire plus important que ce qu’on voit. Un grand sage a dit ça, et beaucoup d’autres sans doute !

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 5ET POURQUOI LES BANQUES SONT DÉTESTÉES ?

 

 

Alors, vous avez réfléchi au problème de la faillite d’une banque et des conséquences que cela a pour les autres banques ? Apparemment, un autre sujet vous préoccupe. D’accord on reparlera de la fragilité du marché interbancaire une autre fois… 

 

Papa, tu sais, j’ai ouvert un compte en ligne. C’est formidable, je vois tout, je fais

tout avec mon téléphone. Je ne comprends pas pourquoi les gens n’aiment pas les banques, pourquoi les banquiers sont détestés. Moi, je ne déteste pas mon banquier puisque je ne l’ai jamais vu. 

 

Ah ! Cette histoire de la méfiance vis-à-vis des banques et des banquiers c’est une longue histoire, une histoire compliquée… 

 

Mais Papa, tu nous as dit un jour que lorsque quelqu’un répond à une question en disant « c’est compliqué », c’est qu’il ne connait pas la réponse… 

 

Dis-donc, chenapan, tu devrais savoir qu’il ne faut pas toujours croire ce que disent les parents. Bon je dis que c’est compliqué parce qu’il y a plusieurs réponses à la question que tu poses. Les banquiers ne font pas un métier tout-à-fait comme les autres. 

 

C’est un métier d’argent. Et l’argent crée des réactions parfois un peu bizarres. 

 

Quand je dis que c’est compliqué, je pense au rapport des gens à l’argent. Un rapport amour-haine difficile à analyser. Il y a plusieurs réponses, plusieurs explications qui s’ajoutent les unes aux autres. Mais ce qu’on ne sait pas, c’est laquelle de ces explications est la plus importante. Je vais vous en donner quelques-unes aujourd’hui.

 

On en reparlera plus tard. 

 

Et entre-temps, vous aurez réfléchi de votre côté. Vous en aurez parlé à vos amis, et on refera le point ensemble. 

 

Il faut savoir tout d’abord que la détestation des banques et des banquiers remonte loin dans l’histoire. De tout temps on s’est méfié des métiers d’argent. Une méfiance inspirée principalement par les religions. Les religions n’aiment pas l’argent, et les religions ont été longtemps puissantes, elles ont longtemps dominé la politique.  D’ailleurs il y a encore dans le monde des pays dont les chefs d’État sont également les chefs religieux.

 

Toutes les religions ont une relation particluière avec l’argent et ça ne date pas d’hier. 

 

En fait, les choses n’ont jamais été simples. Il faut savoir qu’il y a eu des banquiers catholiques, des banquiers protestants et des banquiers juifs tous célèbres à un moment ou à un autre. Les banquiers catholiques du nord de l’Italie, les Lombards par exemple étaient réputés pour leur créativité dans le domaine du commerce international ou de la comptabilité. 

 

Le mot banque vient d’ailleurs de l’italien « banco » parce que les banquiers de l’époque faisaient leurs opérations sur des bancs. C’est là qu’ils changeaient des devises ou prenaient des dépôts. Je suppose qu’ils ont vite troqué leurs bancs pas très commodes et pas très sûrs pour des bureaux plus confortables et des chambres fortes bien gardées. 

 

Il y a eu des banquiers juifs réputés, comme les Warburg, ou aujourd’hui Goldman Sachs. Il y a eu des grands banquiers protestants. Les Fugger, par exemple prêtaient des sommes colossales aux rois et aux princes d’Europe. François Ier et Charles Quint étaient leurs clients. 

 

A ce propos, les choses n’ont pas tellement changé. Regardez, autrefois, les rois et les empereurs empruntaient aux banques, Aujourd’hui, la France emprunte sur les marchés. Et vous remarquerez que dans l’opinion publique et même dans certains cours d’économie, on n’aime pas trop les marchés, mais c’est une autre histoire ! 

 

L’exemple des banquiers juifs montre une autre face du problème. Pendant longtemps on leur a reproché de faire le commerce de l’argent. « On » c’était principalement le monde catholique. C’était un peu hypocrite et injuste parce que s’il y avait beaucoup de banquiers juifs, c’est parce que les pays dans lesquels ils vivaient leur interdisait les autres professions. La banque était à une époque l’un des rares métiers interdits aux catholiques mais permis aux juifs. « On » était donc bien content que quelqu’un fasse ce métier, parce que sans les banques et sans crédit, il n’y a pas de vie économique. 

 

L’islam n’était pas à l’aise non plus avec le métier de banquier. Par exemple, le crédit est contraire à la religion, car les intérêts d’un prêt sont fixés en fonction de la durée. Ils dépendent donc du temps, or le temps n’appartient qu’à Dieu. Donc un croyant ne peut pas demander des intérêts à un autre croyant. 

 

En fait le problème s’est résolu en supprimant le mot « intérêts » et en ne parlant que de commissions ou de frais. Dans les pays musulmans le leasing a ainsi beaucoup de succès car c’est une forme de crédit qui ne parle pas explicitement d’intérêts. Les banquiers s’adaptent, il le fallait bien. 

 

Bon je vous expliquerai tout ça plus tard. 

 

Attends Papa, ne change pas de sujet ! Tout ce que tu nous as dit, c’était avant, c’était l’histoire ! Mais aujourd’hui, la religion a beaucoup moins d’influence et les chefs d’État ne sont plus des chefs religieux ! 

 

Oui, c’est vrai que dans les pays occidentaux, les religions perdent leur influence. Je pourrais dire qu’elles perdent des parts de marché.  Mais elles n’ont pas disparu, même si, par exemple, les églises sont de moins en moins fréquentées en France ! 

 

En fait, l’argent n’est toujours pas en odeur de sainteté dans la France d’aujourd’hui, catholique ou pas. Si la foi et la pratique religieuse sont en recul, les valeurs restent. Le rapport négatif à l’argent est toujours présent, y compris chez ceux qui qui s’affirment en dehors de la religion. Parce que c’est dans la culture des Français. 

 

Cette influence des valeurs religieuses sur les esprits est considérable. Une partie de la gauche française et de nombreux intellectuels inscrivent leur pensée dans le rejet de l’argent. Les banques et les banquiers qui incarnent l’argent qui corrompt sont les cibles de ce rejet. 

 

Il faut bien voir que les Français ne sont pas nets vis-à-vis de l’argent. Tout le monde a envie de gagner de l’argent, il n’y a qu’à voir le succès du Loto et des jeux de hasard, pour lesquels les gens dépensent des milliards. Mais on ne le dit pas.  

 

Cette attitude de déni, de non-dit vis-à-vis de l’argent a des côtés positifs tout de même. La réussite personnelle en France est moins dans le fait de gagner beaucoup d’argent et plus dans la notoriété intellectuelle ou sociale, par exemple. 

 

Je pense néanmoins qu’un changement d’attitude est nécessaire. Je vous parlerai de la culture protestante qui, elle, est non seulement tolérante, mais valorise la réussite matérielle et financière. Cette culture s’accompagne d’une morale altruiste. L’argent qu’on a gagné, il faut l’utiliser à des fins charitables. 

 

J’aime bien cette morale parce qu’elle est clean, nette, positive. On va y venir en France, par exemple par le phénomène des startups. Les créateurs de startups ont des idées, ils veulent changer les relations de travail, et aussi gagner de l’argent. Il n’y a pas de honte à être motivé par l’appât du gain. Contrairement à cette histoire bizarre du riche qui ne passera pas par le trou d’une aiguille… j’ai oublié l’histoire. Enfin vous savez, le riche ne sera jamais l’élu de Dieu. 

 

Etre clair dans sa tête, être clair dans ses valeurs est très important. Avoir honte de l’argent et aimer l’argent crée un malaise inutile et nuisible. 

 

J’y pense, je vais vous donner un petit exercice. Un très grand poète français, artiste de la langue, parle de l’argent et de ceux qui en gagnent. Pour en dire du mal, hélas.

 

Trouver qui est ce poète et trouvez-moi son poème le plus virulent…. 

 

Papa, dis-nous toi quel est ce poème inconnu !

 

D’accord. Le Savetier et le financier. Je suis sûr que vous savez qui l’a écrit ? 

 

Oui ! C’est La Fontaine !

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 6 – D’APRÈS UN COPAIN, LES BANQUES NE PRETENT PAS AUX STARTUPS

 

Papa, on dit que les banques sont frileuses, ne prêtent pas aux startups et  ne s’intéressent qu’à ceux qui ont déjà de l’argent ? Est-ce que c’est vrai ?

 

Bon, vous avez vu que les banques prêtent l’argent de nos comptes bancaires, notre argent donc. Sans arrêt. Vous n’avez pas envie que votre banque prête à-tout-va, et que, penaude, elle vous dise un beau matin « sorry, vous n’avez plus rien sur votre compte parce que nous avons tout perdu. Oui plusieurs de nos gros clients ont fait faillite, et nous leur avions prêté beaucoup d’argent … y compris le vôtre.. »

 

D’accord, elles sont obligées de faire attention. Mais c’est vrai qu’elles ne prêtent qu’aux riches ?

 

La réponse est non, les banques ne prêtent pas qu’aux riches. Il arrive qu’une banque dise non à un « riche » et oui à un « pauvre ». Riche ou pauvre, ce n’est pas ça que regarde le banquier.

 

Ce qu’il regarde, c’est le futur, c’est l’anticipation de ce que son client va devenir, de la manière qu’il a de se développer. Faire crédit en fait, c’est regarder l’avenir de l’emprunteur dans une boule de cristal. Une boule de cristal encadrée entre des lignes rouges.

 

C’est du bon sens, appuyé sur l’expérience et sur des repères techniques qui permettent justement l’anticipation probable de ce que sera l’entreprise. Le professionnalisme du dirigeant est une chose importante. Le passé de l’entreprise est un indice :

 

Donc c’est vrai que la banque ne prête pas à tout le monde ?

 

Oui c’est vrai. Je vous l’ai dit, la banque doit faire attention car elle prête l’argent de ses clients. Faire attention, c’est bien, mais où met-on la barrière ? Où mettriez-vous la barrière ? Fatalement, il y a un moment ou la réponse à une demande de crédit est « non ».

 

Mais d’abord une information. Si je vous demande votre idée du nombre de faillites d’entreprises en France, je suppose que vous hésiterez. Eh bien la réponse est entre 30000 et 70000 chaque année.

 

Oui vous avez bien entendu. Chaque jour les Echos publient un supplément sur les faillites de la veille. Quand on fait faillite, il y a une obligation légale d’information du public dans le média de son choix. Je vous montrerai quelques exemples de ces publications.

 

Donc la banque se doit d’être précautionneuse. Quand une entreprise ou un particulier se voient refusé un crédit, c’est un choc, une humiliation, parfois une tragédie. Et la tentation est grande pour l’emprunteur refusé de faire part de son malheur en pointant du doigt l’injustice de la banque.

 

Et l’opinion aime bien désigner les coupables….

 

La tragédie du banquier, oui la tragédie, dis-je, est qu’il est condamné au silence. Il n’a pas droit à sa défense publique. Vous voyez une banque faisant paraître un communiqué disant que l’entreprise Machin a été gérée en dépit du bon sens depuis qu’un nouveau PDG a été nommé et qu’en conséquence la banque a refusé tout nouvel engagement ? Impensable évidemment.

 

Tragédie, tragédie, tu y vas fort. Mais pourquoi ne pas prêter aux startups ? Les startups, c’’est l’avenir !........

 

à suivre

 

 

 

 

 

 

 

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MAJ  240820

 

 

 

 

 



27/08/2020