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Grandes Ecoles, le modèle américain

 

Les Grandes Ecoles sont notre fierté et constituent un élément incontournable du patrimoine français. Elles  nous sont chères  par les valeurs qu'elles incarnent, le goût de l'effort, de l'excellence, l'importance donnée au mérite. Notre attachement ne doit cependant pas empêcher la réflexion critique à leur égard. Voire la levée de certains tabous, et ils sont nombreux.

 

Osons dire qu'après les années de "prépa",  fécondes et rigoureuses, les années d'écoles d'ingénieurs constituent souvent un gâchis, de temps et de contenu. Osons dire qu'à peine immergés dans le monde du travail, les nouveaux diplômés découvrent leurs formidables lacunes (droit, économie, histoire), à côté d'inutiles savoirs techniques.  Osons reconnaître que le système français du diplôme "rente à vie" obtenu à 20 ans n'est plus de mise dans une société où chacun a besoin de croire que le ciel est la limite... la vie durant.

 

Mais surtout, tabou des tabous, osons enfin remettre en cause le concours d'entrée ! Non  pas l'idée, incontournable,  de la sélection, mais le concours d'entrée à la française, qui n'est plus adapté. A l'évidence les maths ne sont pas l'unique critère de sélection. Adoptons sans hésitation ce qui marche ailleurs, à Harvard, à Stanford, au Polytechnicum de Zurich, à l'INSEAD de Fonntainebleau, à la London School of Economics. La sélection par les tests intellectuels et l'évaluation de la personnalité a fait ses preuves dans ces institutions. Adoptons leurs méthodes, et gommons dans la foulée l'absurde limite d'âge française aux concours.

 

Avec ces deux réformes nous ouvrirons les portes à des candidats de valeur, que l'âge ou des parcours  différents  ont jusqu'à présent écartés des concours traditionnels. Tous ces nouveaux élèves dûment sélectionnés, matheux ou non, se mélangeront pour découvrir  la force éducative du système "à l'américaine". Découvrir la confrontation stimulante à des formations différentes au lieu de l'immersion dans l'univers uniforme des anciens taupins. La motivation nouvelle du travail en groupe, son effet dynamisant sur le travail individuel.

 

Tous ces nouveaux étudiants, sachons les accueillir. Il ne s'agit pas de saupoudrer le cursus actuel des Grandes Ecoles d'enseignements marginaux. Il s'agit de créer à partir de ce qui existe des institutions pluri-disciplinaires, à l'instar des Universités américaines déjà citées. Les labels de prestiges ne manquent pas dans notre pays. Créons Polytechnique Law School, Sorbonne Business Administration et Sorbonne Sciences. HEC Droit et Centrale Economics. Aucune raison pour que le MBA de Polytechnique et le MS de Centrale ne se hissent pas au niveau des équivalents de Yale ou du MIT de Boston.

 

Nous devons façonner sans tarder les armes qui nous manquent dans la compétition mondiale des systèmes éducatifs. Profitons-en d'ailleurs pour supprimer ce terme intraduisible de Grande Ecole d'Ingénieur, casse-tête inutile infligé aux chasseurs de tête étrangers les plus bienveillants.

 

Le problème majeur posé par ces propositions est sans doute celui du financement. Le paiement des études est inévitable. Aux Etats-Unis, contrairement aux idées reçues, l'Université n'est pas réservée aux enfants des riches. Les familles des classes moyennes recourent massivement à l'épargne et au crédit pour que leurs enfants étudient.  Quand on sait ce qu'il en est en France, où, sans parler du principe de gratuité, certains étudiants reçoivent un salaire pour étudier, on mesure le fossé culturel qu'il reste à combler. Alors commençons, lentement certes, mais commençons! 

 

 

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14/12/2008