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Tribunes Octobre 2019 - Capital.fr

 

 

  

  

 

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Titre original:

L'ex-CEO de Renault-Nissan en prison .. pour longtemps? 

 

Il faut croire que la campagne médiatique orchestrée qui a accompagné l’arrestation de Mr Ghosn a porté ses fruits ; l’opinion, focalisée sur les folles dépenses d’un « riche », n’était que peu disposée à mettre en cause l’impartialité de la justice nippone.

Les  quelques informations disponibles et … le bon sens invitent pourtant à nuancer les choses.

Tout dirigeant d’entreprise ou de filiale - à l’étranger notamment - sait en effet l’importance cruciale du conseil juridique dans la plupart des domaines de la gestion et du rapport avec les autorités locales.

Cela signifie concrètement que chaque décision est passée au tamis préalable de sa faisabilité au regard des lois applicables et cette conformité fait l’objet d’un suivi rigoureux dans la durée.

La rigueur dans ce domaine concerne aussi bien la gestion proprement dite que la conduite personnelle du dirigeant. L’irréprochabilité de ce dernier est un élément incontournable, tant du point de vue des autorités locales, que du point de vue des gendarmes boursiers des pays où l’entreprise est côtée. On n’imagine pas une seconde qu’un dirigeant de Renault-Nissan ait agi avec frivolité à cet égard.

Zone grise et rulings

Le problème majeur est cependant que les lois ne sont pas toujours clairement établies, ce qui implique de s’appuyer sur la ou les jurisprudences. Une zone grise est ainsi définie, une zone d’interprétation dans un sens ou dans l’autre. A cela s’ajoute le fait de nouvelles lois qui complètent ou remplacent les lois précédentes. 

Pour parer à cette difficulté, les entreprises négocient des rulings . Une certaine interprétation de la loi – fiscale ou autre - est ainsi négociée avec l’administration concernée et figée dans la durée, ce qui donne à l’entreprise le confort nécessaire à l’exécution de ses projets.

Mais là aussi il n’y a pas de certitude, le ruling accordé à une entreprise à l’instant t peut être dénoncé ou amendé quelque temps après. Sur tous ces sujets, le risque zéro n’existe pas, ainsi va la vie de l’entreprise et de son dirigeant.

Il faut dès lors souligner que la rémunération importante des CEOs de très grands groupes reflète outre des talents hors du commun … les risques personnels attachés à leurs fonctions.

En sortir par le haut

Il est sûr que personne n’aimerait partager le sort d’un présumé coupable embastillé plusieurs mois ou années dans un pays comme le Japon qui se targue d’une réussite de 99% dans sa capacité à obtenir des aveux.

Comme chacun peut le deviner, le « dossier » de l’ex-CEO de Renault-Nissan présente une complexité particulière puisqu’il mélange les aspects d’une justice déroutante et les conflits de gouvernance obscurs et inévitables au sein d’un groupe d’une telle importance. Que des rapports de forces intenses existent à ce niveau surprend moins que la violence de leur expression. Une violence inédite et accompagnée de surcroît d’une non moins surprenante publicité. Le dossier, pour l’appeler ainsi,  ajoute les aspects  juridiques, industriels et politiques.

Bon gré mal gré, le gouvernement japonais se doit de réagir sur un dossier qui d’ores et déjà entache son image dans le monde.

On ne peut s’empêcher de penser au mal qui a déjà été fait aux parties concernées et, … de s’interroger sur les possibles bénéficiaires de la situation créée. 

La maladresse du procureur japonais rend difficile la recherche d’une solution qui ne lui ferait pas perdre la face. Souhaitons néanmoins un accord sur un « délit » mineur assorti d’une très grosse amende, par exemple, qui permettrait aux protagonistes connus la sortie par le haut du terrible feuilleton de l’arrestation de Mr Ghosn. 

 

Alain Lemasson 

 

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Titre original: Casser le plafond de verre des diplômes français 

 

Réformer les Grandes Écoles, les diplômes, les enseignements: autant de sujets récurrents, auxquels la proposition de suppression de l’ENA a donné une actualité nouvelle. Symboles de réalités que beaucoup qualifient d’inégalités, les Grandes Écoles se doivent d’évoluer, mais leur suppression n’est sans doute pas la meilleure idée.

 

Un regard apaisé sur le système français suggère d’en évaluer l’efficacité à l’aune de sa contribution au bien commun. Et sur ce point, le bilan est effectivement mitigé. La comparaison internationale permet d’observer que les Grandes Écoles n’ont pas permis à notre pays de briller particulièrement sur le plan des réussites industrielles. Mais surtout le système a créé une multitude de plafonds de verre nocifs dans les entreprises et dans les administrations françaises.

 

Hors de France, l’ascension interne au mérite va souvent de soi. Il n’est pas rare qu’un « simple » technicien allemand ou américain devienne chef de projets et dirige à ce titre une équipe d’ingénieurs diplômés, chose inconcevable en France. Combien de cadres ou de fonctionnaires talentueux sont chez nous privés d’une progression de leurs responsabilités, faute de posséder le parchemin ad’hoc.

 

Le corollaire de cette « bunkerisation » du statut des diplômés français est la quasi-absence de ces derniers dans les PME. Il faut voir ici l’une des raisons de la supériorité des PME allemandes, plus nombreuses et plus actives à l’export que leurs homologues françaises.

 

Le deuxième enseignement de la comparaison concerne la notion très française de tête bien faite. Nous sommes fiers de la « culture générale » de nos diplômés.  

 

C’est vrai que la littérature et la philosophie ont leur place dans les « prépas » françaises. Mais non moins vrai aussi que cette culture générale quelque peu mythique s’évapore dans le cursus d’école et que par exemple la finance, les langues et le droit sont les parents pauvres des formations d’ingénieur.

 

Mais plus grave, l’ambition du diplômé français s’éteint dès lors qu’il a touché le sommet de l’édifice. Réputé intelligent à vie, il a rejoint le peloton de tête des meilleurs, son positionnement professionnel est peu ou prou garanti. Un sentiment qui existe en fait dès le succès au concours d’admission à l’École.  Et les deux ou trois années d’École qui suivent sont au mieux une détente propice à l’exploration des curiosités personnelles, et au pire un gâchis.

 

Ainsi, pour quelques happy few qui ont accès aux précieux talismans et que le système protège, notre économie se prive de nombreux talents qui n’ont pas le label « diplômé de Grandes Écoles ». Aucune échelle de secours ne permet de percer ce plafond de verre paralysant inscrit dans les faits et dans les esprits.

 

Il existe certes des entrées parallèles, souvent confidentielles, dans la plupart des Écoles. Sous l’effet des accords européens, elles ont été contraintes d’ajouter la filière Licence-Master-Doctorat au cursus traditionnel. Un changement bienvenu car susceptible d’amorcer la dissipation de l’ « entre-soi » caractéristique de leur univers. 

 

En fait, la solution d’avenir pourrait bien venir de l’exemple d’une institution … établie en France, l’INSEAD.

 

Le fameux Master of Business Administration, le MBA, y est obtenu en dix mois d’études, sans concours et sans obligation de diplômes antérieurs. Et pourtant cette école dépasse régulièrement HEC et l’ESSEC dans les classements internationaux !

 

L’admission à l’INSEAD repose sur les capacités intellectuelles des candidats, mesurées par le test standard des business schools américaines, et sur la personnalité, appréciée à l’aune du parcours professionnel. Vivacité, ouverture aux autres, originalité et cohérence des expériences, humilité et ambition sont quelques-uns des critères évalués par le jury d’admission.

 

Le contraste est frappant entre les populations d’élèves de cette École et ceux d’une Grande École française. A l’INSEAD le mélange savamment dosé des nationalités, des formations et des expériences antérieures va de soi. Le juriste allemand, l’économiste argentin, cotoient l’ex-officier anglais, l’ autodictate français créateur d’entreprise, ou l’héritier d’un empire industriel américain.

 

On imagine sans peine la différence avec les Grandes Écoles françaises et leurs élèves « formatés ». 

 

Sans aller aussi loin qu’à l’INSEAD, la recherche de la diversité pourrait inspirer à ces Grandes Écoles une première étape, certes modeste mais ô combien souhaitable, l’admission parallèle de cadres trentenaires à « haut potentiel » issus des entreprises. Il leur serait ainsi donné la chance de percer le plafond de verre, pour leur plus grand bien, celui des Écoles et de notre société. 

 

Alain Lemasson 

 

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14/10/2019