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Créer la fierté de l'Europe

 


Dans une tribune récente, l'ancien Président de la BCE décrit une Europe potentiellement menacée d'écrasement par les pays émergents d'Asie et d'Amérique latine. La lutte contre cette menace constitue à ses yeux la raison la plus importante de poursuivre la construction européenne. Il propose dans ce cadre la nomination d'un Ministre des Finances européen, capable d'imposer directement la discipline nécessaire aux pays de la zone euro. La capacité de l'Europe à agir rapidement et efficacement dans les moments de crise serait ainsi définitivement renforcée.

On peut se demander si l'idée de nommer un Ministre des Finances européen n'est pas, en fait, une réponse  prématurée à un juste diagnostic.  Il parait indiscutable en effet que le grand corps de l'Europe se meut difficilement du fait d'une gouvernance inadéquate. Mais la faiblesse de gouvernance est elle-même la conséquence du faible consensus des peuples. Le déficit de consensus des électeurs vis à vis de l'Europe, pour ne pas dire l'hostilité des opinions, se reflètent dans les parlements nationaux, souvent au sein-même des partis. Les chefs d'Etat réunis à Bruxelles ne peuvent pas ne pas en tenir compte.  Leur  liberté de décider est de ce fait considérablement limitée, et une réforme de la gouvernance n'y changera rien. La réduction du déficit de consensus doit avoir priorité sur le renforcement de la gouvernance. 

C'est ainsi l'idée de l'Europe qu'il faut changer dans l'esprit des européens. Le travail à faire est d'importance. Dans l'ensemble des pays de la zone euro, des personnalités politiques jouissant
d'une audience nationale discutent tranquillement de la fermeture des frontières, du retour à la production "locale" et à l'ancienne monnaie.  Ces discours de repli national germent facilement sur le sol fertile de la méfiance de l'autre.


Arrimer une image attrayante de l'Europe dans les esprits est autrement plus difficile que son contraire. L'argument de la conquête de la paix et de la prospérité est malheureusement émoussé. C'est tout un discours positif qu'il faut opposer au mythe puissant du bouc émissaire. L'urgence est forte car la récession annoncée et la montée du chômage ne feront qu'exacerber le réflexe du rejet. 

Le travail de reconquête de l'opinion doit se faire à l'initiative de l'Etat, mais pas seulement. La mise en avant sans tabou de la menace potentielle des pays émergents est un exercice délicat aux plans diplomatique, éthique et politique. Cette dimension du message ne peut que s'inscrire en filigrane d'un discours positif et néanmoins combatif.  Il faut graver dans l'opinion publique l'idée que l'Europe doit rester l'égale des futurs grands que sont les pays émergents d'Asie et d'Amérique latine. Il faut mettre en avant la force que représentent les complémentarités économiques et culturelles intra-européennes. Montrer les atouts de l'équipe "Europe", la profonde ressemblance des modes de vie des acteurs européens. Mettre en scène la joie des étudiants et des salariés qui bougent en Europe.

Expliquer ce qui marche et créer la fierté de l'Europe relèvent d'une action de longue haleine. L'ancien Président de la BCE, excellent pédagogue, pourrait trouver ici un nouveau magistère. 

 

 

Cet article a été publié le 9 janvier 2012 sur le site  Les Echos



09/01/2012