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Chinese dream

 

 

La performance économique et financière de la Chine ne doit  pas faire oublier les progrès sensibles accomplis sur d'autres plans. Les Chinois s'intéressent à tous les aspects de la construction d'un Etat moderne. Suivant une méthode bien rôdée, ils observent sans préjugés ce qui se passe ailleurs. Ils font faire chez eux ce qui leur parait le mieux, pour faire ensuite eux-mêmes. C'est le cas de l’éducation et de la santé, par exemple. Sait-on que le modèle français de Sécurité Sociale, ou celui des Grandes Ecoles, ont ainsi fait l’objet d’études approfondies, et qu’un clone de l’Ecole Centrale fonctionne à Pékin depuis cinq ans déjà ? Ces choix « français » ne sont pas des hasards. La France est un des rares pays développés, sinon le seul, où l’éducation et la santé sont gérées par l'Etat de manière centralisée, comme en Chine.

 

Une junte éclairée

Cette politique de développement pragmatique, inscrite dans la durée, est à mettre au crédit des dirigeants  chinois. Le paradoxe est que ce pays non démocratique parait s’être doté d’une gouvernance démocratique. La machinerie complexe du développement, son ajustement permanent aux circonstances, tout cela ne peut pas être le fait d'un potentat solitaire. La Chine n’est pas une tyrannie où un seul homme, voire une poignée d'homme décideraient de tout. L’Empire du Milieu semble avoir inventé un mélange d'absolutisme éclairé et de gouvernement des élites, un système efficace de création de consensus. A l'image de la République de Venise. Bien loin en tout cas de l'impression de monolithisme que donne le rituel figé de l'Assemblée du Peuple.

La plus grande réalisation à mettre au crédit de cette « junte éclairée » est certainement d’avoir redonné l'espoir au peuple. Certes la richesse ne profite qu’à une fraction de la population, et beaucoup en Chine connaissent encore  la misère économique, intellectuelle et sanitaire. Mais progressivement l’espoir d’une amélioration des conditions de vie se diffuse. L’éducation et l’accès aux soins se développent. 

Le paysan a l’espoir que ses enfants vivront  mieux que lui, les classes moyennes ont l’espoir de s’enrichir par le travail, les riches peuvent devenir encore plus riches. Les germes d’un american dream à la chinoise se multiplient.

 

Le modèle américain

Peut-on imaginer l'installation progressive de la démocratie en Chine ? Ce n'est pas improbable. Les dirigeants chinois n'ont pas manqué d'observer la corrélation entre développement économique et démocratie. L'efficacité économique repose, entre autres facteurs, sur la satisfaction des besoins des citoyens  dans tous les domaines, y compris les besoins de justice et de liberté.  Dans cette logique, des avancées démocratiques sont vraisemblablement programmées. On peut imaginer l'ajustement progressif du curseur des libertés individuelles et collectives, parallèlement à la condamnation des injustices flagrantes. Cette politique aurait aussi l'avantage de préparer l'opinion mondiale à un accueil "positif" de la culture chinoise.

 

Que veut la Chine? Le modèle avoué, c’est l’Amérique. La puissance rivale dont il faut contenir l'omniprésence dans les domaines monétaires, financiers, militaires, diplomatiques, culturels. Mais la logique chinoise est-elle seulement défensive ? Pour le moment, la boussole de la raison paraît l'emporter et les problèmes intérieurs requièrent toute l'attention. On ne peut cependant pas écarter la menace potentielle née de la puissance recouvrée, l'émergence d'une hubris dominatrice gagnant peu à peu toutes les composantes de la gouvernance actuelle.

 

 

Autre article sur la Chine: Le mauvais rêve de Monsieur Hu Jintao

 



08/09/2010