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Il faut sauver le soldat Fiat

 

Publié dans Les Echos le 14/05/2005

 

Elément culturel et affectif important du paysage italien, le groupe Fiat est aujourd'hui à un tournant de son histoire. Il paraît en effet acquis que les banques créditrices seront bientôt à même d'exercer un pouvoir décisif sur son orientation. Mieux que les familles héritières, elles pourront imposer les réformes qui sont la condition de son aggiornamento.

La situation est paradoxale à un double titre. Le premier paradoxe est que si ces banques-actionnaires confirment le diagnostic de l'état du groupe fait il y a quelques années par Giovanni Agnelli, elles devront en revanche en tirer des conclusions stratégiques très différentes: au lieu de croître, le groupe se doit à présent de maigrir, drastiquement. Le deuxième paradoxe est lié au choix du futur dirigeant de Fiat. Pour attirer un candidat d'envergure, les banques devront changer l'organisation du groupe et notamment réduire le rôle considérable …. des financiers dans le management.

La feuille de route de Giovanni Agnelli mûrie dans les années 90 était celle d'un visionnaire soucieux d' adapter la culture du groupe Fiat aux réalités de son temps. Il avait fait le pari de l'alliance avec deux partenaires américains: General Motors d'un coté et Case de l'autre. Pari audacieux laissant ouverts tous les choix futurs. L'alliance avec GM promettait à Fiat Auto une vraie dimension internationale. La fusion de Case et de New Holland quant à elle donnait naissance à un poids lourd mondial (numéro un en machinisme agricole et numéro trois en matériel de travaux publics). L'avenir de Fiat était ainsi posé sur deux piliers prometteurs et résolument américains.

Las ! Les résultats obtenus ont été bien loin des attentes suscitées alors. On sait ce qu'il est advenu de l'alliance avec GM : un divorce suivi d' un solde de tous comptes. Quant au groupe Case, il a été lentement dilué dans la nébuleuse italienne. Au plan économique, Fiat Auto va de plus en plus mal. La fusion interminable de Case et de New Holland dans CNH n'a pas donné les résultats escomptés. La greffe de culture américaine souhaitée par Giovanni Agnelli a été un échec.

Est-il encore possible de sauver Fiat ? Une chose est sûre : le groupe ne peut plus garder dans son organisation actuelle deux secteurs aussi différents et aussi compétitifs que l'automobile et le tracteur. Imagine-t-on BMW et John Deere réunis en conglomérat sous la tutelle d'un management commun? Impensable. C'est pourtant la réalité chez Fiat. Pis que cela ! Fiat ce n'est pas seulement l'automobile ou le secteur agricole, c'est aussi le camion, la machine outil, le matériel de TP, la voiture de course, la banque…

Il y a donc urgence à simplifier le groupe. En vendant ce qui peut l'être, mais surtout en faisant de Fiat Auto et de CNH, notamment, des entreprises autonomes.

L' objectif est ambitieux car il va à l'encontre du mode de fonctionnement traditionnel du groupe. Fiat est dirigé depuis toujours d'une manière très centralisée par la holding turinoise détenant tous les pouvoirs en matière de finance et de ressources humaines.

Restituer ces pouvoirs aux filiales est la condition pour recréer à leur niveau des équipes de management cohérentes. C'est surtout la condition pour attirer les meilleurs candidats susceptibles de les diriger. Aucune personnalité du calibre d'un Carlos Ghosn n'acceptera en effet de diriger Fiat Auto ou CNH si elle n'est assurée de sa totale autonomie de gestion .

Le groupe n'est pratiquement plus piloté. Les mouvements de dirigeants se sont précipités ces derniers mois. Le patron actuel du groupe assure lui-même la direction intérimaire de Fiat Auto, le poste de patron de CNH est vacant. Il est urgent d'agir pour sauver Fiat


 

 

 

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06/11/2008